22 mai 2008
story board...
21 mai 2008
story board...
et je retravaille encore le story board,
mais ça lui fait du bien, de plus en plus réaliste
par rapport au fait qu'à un moment,
il faudra animer tout ça,
et de plus en accord avec mes intentions...
18 mai 2008
Voir ci-dessous notes d'intentions concernant le film
message daté au 18 mai ( ou dans la rubrique "histo(i)rique" à gauche )
berlin
17 mai 2008
quelques notes à propos du projet: intentions
«Combien certaines pages du vieux maître
contiennent d’expressions plus profondes de la beauté d’un paysage,
cela simplement parce qu’il n’y a pas d’imitation directe mais
transposition sentimentale de ce qui est «invisible» dans la nature.
Rend-on le mystère d’une forêt en mesurant la hauteur de ses arbres ?
Et n’est-ce pas plutôt sa profondeur insondable qui déclenche
l’imagination ?»
Claude Debussy à propos de Ludwig Van Beethoven
1. Ecrire un
court métrage avec du dessin et du son.
Cela m’est
venu alors que j’écoutais régulièrement au casque, et en fermant les
yeux, une pièce de Sergeï Prokofiev : Suite du Lieutenant Kijé, opus
60, 2ème mouvement.
Chaque fois je collectais des émotions, des
images, des projections, des scènes... Petit à petit un univers
cohérent et un début de récit se construisait.
Je
découvrais à quel point les lois du mouvement musical pouvaient être
proches du film : structures, thèmes, motifs, tonalités, climats,
tensions, résolutions...
La musique était «visuelle», et j’explorais son pouvoir suggestif.
Issue
d’une formation classique en musique, je compose, je cherche à associer
des timbres, je construis des pièces. Parallèlement, dans mes études
supérieures, je tends vers le dessin, je développe des récits
graphiques, je raconte.
Ces deux pratiques cohabitent
depuis l’enfance et lorsque je jette un pont, c’est pour éclairer une
vue par une autre.
«Pourquoi est-ce
que je comprend mieux le musicien que le peintre ? Pourquoi vois-je
mieux en lui le principe vivant d’abstraction ? «
Van Gogh
Mais
je constate que je conçois de plus en plus de récits «en mouvement»,
que je dessine des univers qui devraient être mis en scène dans le
temps, et soutenus par un monde sonore.
Je décide de rassembler mes
pratiques autour d’un même propos, et d’exploiter les infinies
possibilités qui s’offrent alors à l’écriture : Je peux écrire avec des
vues, des mouvements, des lumières, avec des timbres, des bruits, des
harmonies, donnant à chaque un contenu intellectuel et émotionnel.
«
Le cinéma, architecture en mouvement, parvient à éveiller des
sensations musicales qui se solidarisent dans l’espace, par les moyens
de sensations visuelles qui se solidarisent dans le temps. En fait,
c’est une musique qui nous touche par l’intermédiaire de l’oeil.»
Élie Faure
«Tout
comme le musicien l’auteur de film peut utiliser le rappel des thèmes
et le leitmotiv, moduler « aux tons voisins...ou aux tonalités
éloignées» Abel Gance disait «La musique de la lumière» et René Schwob
«une mélodie silencieuse». Il y a un secret du rythme, un nombre d’or
de la musique visuelle, il faut savoir structurer la succession des
plans, organiser leur alternance et leur retour en respectant certains
appétits obscures de notre système nerveux.»
extrait de L’Esthétique du cinéma (collection Que sais-je ?), Henri Agel, 1957.
Déjà
fascinée par l’animation, et convaincue par mes expériences
précédentes, j’y trouve d’autant plus ma place dans une recherche où
les deux voies se complètent, s’interpénètrent, je peux lier deux
énergies créatrices indépendantes et qui se nourrissent, se répondent,
au service d’une pièce : un film.
2. Délivrer un propos tout en dégageant la réalisation des contraintes du récit.
« Le mouvement va de l’image au sentiment et du sentiment à la thèse soutenue»
S.M Eisenstein
Le court-métrage a pour titre «kijé» car c’est le nom du
«lieutenant» de Prokofiev, le reste de cette première découverte, la
figure de la maturation du récit :
L’histoire d’un homme dans une ville. Cette idée ne m’a pas quittée, c’est un homme dans une ville.


C’est une ville «morte», une ville usine couplée à une ville dortoir
On
ne saura pas grand chose de cet homme, il n’y aura aucun dialogue, il
est un peu «mort» lui aussi. Mort dans le sens où il a perdu ce qui
faisait de lui un être humain parmi les être vivants : il ne rêve plus,
il n’a aucune imagination, conséquence de l’environnement dans lequel
il vit.
Mais une nuit, il est «touché», il est «élu»
parmi tout les autres hommes de cette ville. Est-ce qu’il «rêve»? On ne
sait pas si c’est réel ou pas, mais il assiste à l’investissement de la
ville dans la nuit par un autre monde qui amène la vie avec lui ; des
femmes, des plantes... et est «initié» par ce cortège fantasmagorique.

Dans la dernière ébauche du scénario, au retour du jour, le
«charme» disparaît, la ville perd son enchantement, et Kijé succombe de
déception. Jouant sur le départ du cortège, je laissais entrevoir
l’idée qu’il puisse, dans «sa mort», se joindre à eux...
Mais cette fin pouvant être vue comme «défaitiste» doit être
retravaillée, mon propos ne se situe pas dans le sort de cet homme : ce
que je veux mettre en scène a travers lui est la mort d’un monde, la
perte de l’humain, la perte de la fécondité : plus de femme, plus de
végétation, plus de pensée créatrice.
Sans en
avoir conscience dans un premier temps, puis de manière assumée
j’utilise des symboles venus de récits fondateurs, mythologiques, de
tout ce qui participe à l’inconscient collectif : Morphée, Orphée et
Eurydice, Icare, Pan, les chimères, les faunes, ou encore le golem, le
couronnement, l’utilisation de la végétation...Comme si des mondes plus
anciens contenaient quelque chose que nous avons perdu. Comme si ces
êtres portaient un message que nous n’avons toujours pas saisi.
«Parmi
ses milles enfants, le Sommeil choisit Morphée habile à revêtir la
forme et les traits des mortels. Nul ne sait mieux que lui prendre leur
figure, leur démarche, leur langage, leur habit, leur discours
familier. Mais de l’homme seulement Morphée représente l’image.
Un
autre imite les quadrupèdes, les oiseaux, et des serpents les replis
tortueux. Les dieux le nomment Icélos, les mortels Phobétor. Un
troisième, c’est Phantasos, emploie des prestiges différents. Il se
change en terre, en pierre, en onde, en arbre; il occupe tout les
objets qui sont privés de vie. Ces trois subalternes visitent la
demeure vulgaire des mortels.»
D’une manière certainement poétique et lyrique, je veux exprimer une «peur» d’un monde qui irait dans la mauvaise direction. Un «regret» d’assister à des évolutions irréversibles, de ne pas accepter la perte écologique, le manque de progrès en terme d’humanité. Je crois que toutes les époques ont eu l’impression d’assister à leur propre déclin, et ont ressenti de la nostalgie pour un monde passé, inconnu et idéalisé, ce qui est mon cas.
Cette ville que je mets en scène serait l’ultime étape, où les habitants n’auraient ni peur, ni regret car ils ne seraient plus capables d’imaginer autre chose.
Je ne souhaite pas subordonner la réalisation à un récit «logique», le propos repose sur la force suggestive de l’image et du son, et sur la construction du film.
Je veux donner au temps du récit un rythme et une organisation inspirée du rêve, et provoquer des décalages et des fascinations.
Cette approche de l’animation nécessite forcément des tâtonnements, des expérimentations; je ne me situe pas sur des voies balisées par des procédés, je ne parle pas d’une technique, comme on parlerait de stop motion, ou d’image de synthèse, par contre je revendique la justification de l’animation car elle me permet de transcender le réel. C’est le dessin en mouvement qui autorise la mise en scène de mes intentions. C’est le travail image par image qui m’assure un lien intime avec la bande sonore.
Je ne parle pas d’un scénario qui pourrait être rendu avec des mots, même si nous sommes dans un récit et qu’il y a un propos fort. Je pourrais difficilement communiquer mon film avec un story-board, parce que c’est justement le mouvement qui porte le sens du film, par le dialogue des ambiances visuelles et sonores.
C’est un projet qui ne se révèlera que dans sa forme aboutie, lorsque mouvement et son ne feront qu’un dans le film.
L’écriture de ce projet constitue son essence car c’est à cette étape que les intentions pourront le mieux s’exprimer. C’est un temps incontournable : la recherche qui justifie ma démarche.


















